À Notre-Dame-des-Landes, c’est l’avenir de tous qu’on assassine

Posted by on Avr 11, 2018 in Non classé | 0 comments

À Notre-Dame-des-Landes se joue une tragédie qui concerne tout le monde, les écologistes comme les aveugles, ceux qui sont pour les projets portés par les zadistes et ceux qui y sont opposés.

D’abord parce qu’elle a prouvé, pour ceux qui nourriraient encore des doutes à ce sujet, que le gouvernement Macron-Philippe n’était digne d’aucune confiance. Il avait annoncé que les projets agricoles seraient préservés sur la ZAD ; or, la destruction des Cent Noms, un des plus avancés de tous, un des plus crédibles, un des plus consensuels, dont le dossier était déjà officiellement déposé, prouve que ce ne sera finalement pas le cas.

Le discours officiel selon lequel il s’agirait d’expulser seulement quelques éléments « radicaux » de terres qui ne leur appartiennent pas pour mettre fin à une « zone de non-droit » ne peut donc plus tromper personne. L’opération en cours ne vise certainement pas à restaurer un « ordre public », menacé par quoi, au juste ? Les zadistes, en occupant les terrains de Notre-Dame-des-Landes, ne spolient personne : les terres appartiennent à l’État ou aux collectivités territoriales, qui n’ont aucun projet concret pour elles.

Quel est donc le but de cette opération de grande ampleur ? Passons rapidement sur ses visées politiciennes et électoralistes : après avoir abandonné le projet de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le gouvernement cherche naturellement à montrer ses muscles et à reconquérir l’électorat de droite. C’est important, mais ce n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est d’imposer à tous un modèle et un mode de vie uniques et obligatoires.

En effet, de plus en plus de gens réalisent l’échec des solutions souvent envisagées à la Crise. Les réformes ? La mise en place démocratique d’un gouvernement qui porterait des politiques vraiment efficaces pour lutter à la fois contre la crise écologique et contre les inégalités ne semble pas pour demain ; et nous n’avons plus le temps pour l’éducation des masses qui pourrait y conduire. La révolution ? La convergence des luttes tant attendue n’a pas l’air d’être pour demain, elle non plus ; l’immense majorité de nos concitoyens se préoccupe avant tout de consommer toujours davantage ; et de toute manière, l’oligarchie des riches ne se laisserait pas faire. Or, au jeu de la force et de la guerre, ils l’emporteraient haut la main.

Puisque nous ne pouvons sans doute plus empêcher la catastrophe écologique et sociale annoncée, il ne nous reste donc plus qu’une seule issue : nous devons nous organiser pour y faire face. Nous préparer au choc, mais aussi proposer, par l’exemple, un autre modèle, une autre manière de produire, mais aussi de vivre, d’organiser la société, et même de penser l’homme, le monde et les rapports qu’ils doivent entretenir. C’est ce que font de très nombreuses communautés résilientes, décroissantes, autonomes ou semi-autonomes, depuis des années et des années. C’est ce qu’essayent de faire Tol Ardor et la Haute Haie. Et c’est ce qui se faisait à Notre-Dame-des-Landes.

Des projets de cette nature, plus ou moins avancés, à plus ou moins grande échelle, regroupant plus ou moins de monde, il en existe des centaines rien qu’en France. Mais la ZAD qui est en train de se faire démolir était à la fois le symbole le plus visible et le champ d’expérimentation le plus avancé de cette voie particulière de l’écologie radicale et de la décroissance que représentent ces contre-modèles. C’est cela que Macron et ses sbires ne supportent pas : qu’on leur démontre, par l’exemple, qu’il est possible de vivre mieux avec moins.

À en rester là, le citoyen lambda pourrait bien se dire qu’après tout, ça ne concerne que quelques centaines de marginaux qui occupent illégalement des terres, et qui l’ont bien cherché. C’est là qu’est l’erreur ; en fait, le citoyen lambda est mis en danger par cette épreuve de force, et devrait s’y opposer. Démonstration.

De deux choses l’une : soit nous avons tort, soit nous avons raison. Peut-être, en effet, que nous dramatisons, nous, les écologistes radicaux ; peut-être que nous nous trompons sur la crise écologique et ses conséquences ; peut-être que tout ne sera pas si grave qu’on le dit, que nos sociétés trouveront à s’adapter. Mais dans ce cas, à qui nos communautés font-elles le moindre mal ? Ceux d’entre nous qui occupent des terres n’ont pas choisi celles de paysans pauvres au bord de la faillite et du suicide ; ce sont celles de l’État, qui n’a d’autre projet pour elles que leur destruction, sous une forme ou sous une autre.

Et maintenant, l’autre possibilité : si, au contraire, nous avions raison ? Personne ne peut l’exclure par avance : seul l’avenir le dira. Si donc dans 20, 30 ou 40 ans, les choses se sont déroulées comme nous l’annonçons, si les effets de la Crise sont bel et bien aussi dramatiques que nous le prévoyons aujourd’hui ? Alors nos communautés, les lieux de vie que nous aurons bâtis, les expériences que nous aurons menées, les savoirs, les œuvres, les matériaux, les graines que nous aurons préservés, tout cela pourra constituer des refuges, des points de départ dont tout le monde pourra profiter pour reconstruire quelque chose de neuf.

Nous ne nous adressons plus à un gouvernement dont nous n’avons plus rien à attendre, mais à tous les citoyens. Pour vous, la conclusion s’impose : nous foutre la paix, c’est un pari gagnant-gagnant. Si nous avons tort, vous ne perdez rien à nous laisser vivre notre vie comme nous l’entendons. Si nous avons raison, vous finirez forcément par avoir besoin de nous.

En s’attaquant à Notre-Dame-des-Landes, Macron joue donc contre vos propres intérêts. Ne le laissez pas faire.

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